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jeudi 3 décembre 2015

Campagne IST sur le campus Erasme : le billet de la BSS

Du 1er au 10 décembre, le campus Erasme s’anime grâce à la mobilisation des étudiants et du Pôle Santé autour du thème du dépistage des infections sexuellement transmissibles. La bibliothèque participe à ces initiatives : de jolies  affiches colorées, réalisées en partie avec la contribution des étudiants– bravo pour les images et slogans humoristiques - ont envahi les murs et les rayonnages.  Prospectus et flyers didactiques des différentes associations de prévention sont disponibles et un florilège de la littérature scientifique en maladies infectieuses a été mis en évidence.


La bibliothèque n’a pas voulu en rester là, c’est aussi l’occasion de mettre en avant la section Medical Humanities et d’amener la lumière sur un écrivain phare de la littérature  SIDA : Hervé Guibert.

Coïncidence de dates : la semaine de campagne est aussi proche de son anniversaire, il aurait eu 60 ans ce 14 décembre 2015. Diagnostiqué séropositif en 1988  à 33 ans, il décède le 27 décembre 1991, deux semaines après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Les souffrances et sa détérioration physique lui étaient devenues insupportables. Il avait 36 ans.  

A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, publié en 1990 est devenu un roman culte. L’ouvrage est classé dans le genre des autofictions : le récit réel de la vie de l’auteur s’entrelace avec un récit imaginaire et fictif. Ecrit à la première personne, le roman est une succession de chapitres courts et denses.  Certains peuvent choquer par les descriptions crues (mais jamais vulgaires grâce à un élégant choix de mots), d’autres lasser par un narcissisme fort présent, par trop de références au Paris mondain (sa relation avec Marine, référence à Isabelle Adjani ou son amitié avec Muzil, qui est en fait Michel Foucault). Ces chapitres dépassés, nous sommes happés par le cheminement de la maladie au travers du ressenti de l’auteur, son taux de T4 tient en haleine. Va-t-il ou non rentrer enfin dans cette étude en double aveugle que lui promet son ami américain?  

Nous participons et assistons à ses émotions tantôt avec détachement (il observe son corps comme le ferait un chercheur avec les animaux de labo), tantôt avec douleur et dureté. Cette chronique introspective nous bouscule entre ses amours, ses relations avec les médecins, les infirmières, le côté « roulette russe » des études cliniques (à l’époque la trithérapie n’existait pas encore) , sa relation  intellectuelle avec l’idée de la mort, la conscience de la maladie («c’était une maladie à paliers, un très long escalier qui menait assurément à la mort mais dont chaque marche représentait un apprentissage…c’était une maladie qui donnait le temps de mourir, et qui donnait à la mort le temps de vivre… » p.192), la fatigue immense qui l’envahit (« le livre lutte avec la fatigue qui se crée de la lutte du corps contre les assauts du virus. Je n’ai que quatre heures de validité par jour, une fois que j’ai remonté les stores immenses de la verrière, qui sont le potentiomètre de mon souffle déclinant », p.69). Certaines phrases se répandent sur plusieurs pages sans qu’un point ne vienne les stopper. Elles nous entrainent  dans un tourbillon vertigineux de mots que l’on lit et relit pour tenter de s’accrocher au sens.  On en retire un sentiment d’étouffement … étouffement comme ce virus qui le ronge peu à peu. Impossible de sortir indifférent de cette lecture. 

Après la parution de A l’ami…, il reçut des milliers de lettres de soutien  qui l’ont conduit à publier une suite en 1991, Le protocole compassionnel  rédigé sur le même mode littéraire.

Dans son ouvrage, Les livres que j’aimerais que mon médecin lise,  Micheline Louis-Courvoisier, (responsable du programme « Sciences humaines en médecine » et actuellement vice-rectrice de l’Université de Genève) nous livre un regard complémentaire sur Guibert en relevant les éléments qui donnent aux professionnels de la santé les clés d’une projection dans la réalité du patient, qu’il s’agisse de la relation thérapeutique ou de la relation que le malade entretient avec son corps et sa souffrance.   

Dernier coup de projecteur de ce billet : une bande dessinée (le 9ème art a aussi sa place dans la collection Medical Humanities). Alex et la vie d’après, imaginée par Thierry Robberecht et  Fabrice Neaud est une mise en image et en scène émouvante d’un jeune homme résilient dans sa lutte contre le virus. 



Ces livres et bien d’autres romans sont à découvrir  à la BSS.  

Bonne lecture !
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